Un dispositif né dans l’urgence, adopté dans la rue, puis transformé par l’administration en mesure phare du pouvoir d’achat : la « prime Macron » ne sort pas de nulle part. Dès la fin 2018, face à la contestation massive des gilets jaunes, l’État a cherché la parade. Emmanuel Macron a alors encouragé les employeurs à gratifier leurs salariés d’un coup de pouce exceptionnel, défiscalisé et désocialisé, dans la limite de 1 000 euros par personne. De quoi doper le moral des troupes, tout en évitant la case impôt et les charges sociales habituelles.
Ce bonus a connu une seconde vie en 2020. Sous l’effet de la pandémie, les règles du jeu se sont assouplies : plus besoin d’accord d’intéressement, la date de versement a été repoussée, et la prime pouvait atterrir sur les comptes jusqu’au 31 décembre. Un geste simple, mais loin d’être anodin dans un contexte de crise où chaque euro compte.
Qui peut verser la prime ?
La prime Macron n’est pas réservée à une poignée d’élus. Toutes les entreprises soumises à l’obligation d’assurance chômage peuvent la proposer. Cela inclut aussi les sociétés à statut particulier, comme les entreprises industrielles et commerciales publiques, ou encore certaines sociétés d’économie mixte. Le champ est donc large : de la PME familiale à la structure publique, beaucoup peuvent opter pour ce geste.
À qui s’adresse-t-elle côté salariés ?
En 2019 et 2020, tout salarié pouvait prétendre à cette prime, sous réserve que l’employeur la mette en place, soit par accord collectif, soit par décision unilatérale. Intérimaires compris, à condition qu’ils soient sous contrat le jour du versement ou de la signature de la décision.
Quelles limites et conditions pour l’exonération ?
Pour que la prime échappe à l’impôt sur le revenu et aux cotisations sociales, il fallait respecter quelques règles : le salarié devait avoir un contrat de travail en cours lors du versement, et sa rémunération brute annuelle ne devait pas dépasser trois fois le SMIC (ou un plafond inférieur, fixé par l’employeur). Si aucune démarche d’intéressement n’était conclue, le montant restait plafonné à 1 000 euros. En présence d’un accord d’intéressement, ce plafond doublait pour grimper à 2 000 euros par bénéficiaire.
Cap sur 2021 : la prime Macron de retour
Lors du dialogue social du 15 mars 2021, le gouvernement a affiché la couleur : la prime Macron sera reconduite. Cette année, une attention particulière est portée à ceux qu’on a surnommés « travailleurs de la deuxième ligne » : caissiers, agents d’entretien, manutentionnaires, chauffeurs, ouvriers du BTP, agents de sécurité, vendeurs alimentaires… Ces métiers, longtemps invisibles, ont prouvé leur rôle vital pour la continuité du pays en pleine crise.
Comme les années précédentes, la prime sera exonérée d’impôt sur le revenu et de cotisations sociales jusqu’à 1 000 euros par salarié. Mais il existe une possibilité d’aller plus loin : les entreprises qui concluent un accord d’intéressement ou engagent des discussions concrètes sur l’amélioration des conditions de travail des personnels de la deuxième ligne (au niveau de la branche ou de l’entreprise) pourront porter la prime à 2 000 euros.
Pour être clair, voici à quelles conditions les entreprises peuvent bénéficier du plafond majoré :
- Signature d’un accord d’intéressement valable
- Ou négociation engagée sur l’amélioration des conditions de travail des salariés de la deuxième ligne, que ce soit au niveau du secteur professionnel ou de l’entreprise, par accord de méthode ou négociation directe
Le plafond de rémunération pour bénéficier de l’exonération fiscale et sociale pourrait rester inchangé, mais les modalités précises, délai de versement, critères d’attribution, modulation, seront fixées par le texte d’application à venir pour 2021.

Agathe De Champsavin
Loi 2018-1213 du 24 décembre 2018 sur les mesures d’urgence économique et sociale – Article 1
Loi 2019-1446 du 24 décembre 2019, Article 7
Ordonnance 2020-385 du 1er avril 2020
Loi modificative de finances n° 2020-935 du 30 juillet 2020
Articles L. 542-13 et L. 5424-1, 3° à 6° du Code du travail
Groupe de travail mixte sur les formes particulières d’emploi du 12 mars 2021
En coulisses, la prime Macron continue de dessiner une ligne de partage entre gratitude affichée et pouvoir d’achat réel. Reste à voir, cette année encore, combien d’entreprises joueront le jeu et combien de salariés verront la promesse se transformer en réalité sur leur fiche de paie.


